dimanche 6 décembre 2020

Histoire du monde – Pérégrinations incertaines – Volume 13 – Un voyage…

 

Un voyage se passe dans les iles lointaines, il ne tarde pas à faire un ciel bleu lavande. Les premières fumerolles du matin s’élèvent çà et là dans l’air frais.

Dans les premiers lacets du grand morne, les bêtes de somme répondent aux discrets capucins donacoles, dissimulés dans les branches des niaoulis en fleurs. Les cailloux qui roulent sous la semelle, faire preuve de vigilance malgré la magnificence alentour, cette beauté luxuriante aux allures de paradis.

Cloches des chapelles des petits villages qu’on devine, abois rauques des cagous huppés, demi-jour naissant fourmillant de cette vie invisible et pourtant omniprésente.

Alors que les femmes sont accaparées par l’élaboration de l’huile de camphre, les plus jeunes s’enivrent de l’odeur de la pluie, chaude et généreuse. Contrairement aux rivières qui courent à grands fracas, de minuscules ruissellements à peine visibles ont essaimés un peu partout.

A l’arrivée au sommet, le regard embrasse avec bonheur la palette multicolore, le bleu turquoise des lagons, le blanc étincelant des plages, le vert profond des forêts sur la terre rouge.

On croit qu’on va faire un voyage mais c’est au cœur même de la vie qu’on chemine.

mercredi 2 décembre 2020

l-

 Liberté

Ce jour-là, j’ai senti qu’il se passait quelque chose et ma vie s’en est sans doute trouvée un peu changée.
Au départ, rien ne laissait augurer que ce voyage serait différent des précédents. J’étais partie comme de coutume, nez au vent, avec une envie de découvrir, de me laisser porter au gré des évènements.
Comme de coutume, j’avais établi un itinéraire avec soin. Prendre à droite en sortant pour retrouver rapidement les bords du lac, terrain facile qui permet aux foulées de s’allonger sans même y penser. Obliquer ensuite pour retrouver les sentiers moussus sous les chênes centenaires, le demi jour qui y règne donnant le champ libre à toutes les fantasmagories.
Au sortir de la forêt, laisser le regard se porter sur ces parcelles multiples, ces morceaux de terre qui tissent une histoire.
Éviter de rentrer dans le village en empruntant ce fameux raidillon qui fait le souffle court et les mollets tendus.
Redescendre ensuite dans les herbes hautes pour retrouver la rivière qui coule à grands fracas joyeux.
Enfin prendre le chemin du retour, se blottir au chaud et fermer les yeux pour mieux savourer cette cueillette de sensations multicolores et odorantes.
Oui, c’est bien ainsi que j’envisageai cette belle matinée. J’ai pour une fois scrupuleusement respecté le trajet que je m’étais fixé !
Mais tout peut arriver à n’importe qui, n’importe quand.
Ce matin-là, mes préoccupations du quotidien s’envolèrent aux premiers pas et des mots vinrent se poser dans ma tête en un joyeux capharnaüm ! Apparemment sans logique, sans queue ni tête, sans tambour ni trompette !
De l’huile de camphre et un grand morne, un ciel bleu lavande qui résonne du cri des cagous huppés, le son des roses qui éclosent…. Chaque nouveau détour de ce chemin pourtant connu hébergeait des mots nouveaux ou oubliés, hétéroclites, épatants et ébouriffants ! Toute enivrée de cette collecte, je ne voyais plus ni les parcelles ni la rivière mais les mots qu’elles faisaient naitre.
C’est au pas de charge, en courant presque que je rentrais. Vite, au plus vite, déposer tous ces trésors sur le papier, laisser les mots s’organiser et négocier en liberté.
Ce jour-là s’est ouvert mon voyage en écriture. Marcher, sortir, pédaler, humer, regarder, et puis rentrer et par une étrange alchimie, écrire, écrire…

dimanche 29 novembre 2020

e -

 Equilibre

Une flamme, une lueur à peine monte, chancèle
Le manège s’anime, s’éveille, s’élance et tourne,
S’arrête, repart, accélère et freine,
Fifre léger des rondes et comptines,
Tourne manège, tourne et retourne !

La flamme s’enhardit, s’élève,

Courses et récitations,
Chutes à répétition,
Au chant guilleret du violon,
Bute le manège, se heurte et se relève !

 

Pleine flamme haute et assurée,

Faire face aux vents parfois contraires,
Pas de deux et marche fière
Sans regarder en arrière,
Valse manège, valse et va !

La flamme lentement diminue,

Comme par inadvertance,
Plus de souffle, plus de chant,
La guitare est désaccordée,
Flotte à peine le manège incertain.

La flamme vacille, frémit et repart,

Très légère brise, bouffée d’air tenue,
Menuet discret, tambourin timide,
Repartir et avancer, laisser le passé,
Le manège reprend son envol

Au gré des vents, au fil du temps,

Scherzo et impromptu,
Violoncelle tendre et piano mutin,
Monte la flamme, monte,
Tourne le manège, tourne ….

samedi 28 novembre 2020

......


 

Alors tu vois, des fois la vie....

Alors tu vois, des fois la vie
Ça vous éclabousse de rouge
De jaunes, oranges et mordorés, 
 
Ce sont ces feuilles tenaces qui frémissent,
Ce grand ciel bleu pâle et frais de novembre
Ces traits de soleil au sortir des ombres froides
 
Des fois la vie, c’est la surface de l’eau qui étincelle,
La rosée de midi dans l’herbe grasse
Ce rond soudain à la surface sombre.

C’est bonjour à un ou une inconnue,

Juste par les regards qui se sont croisés,
C’est nos mains, bientôt, enlacées.

Des fois la vie, c’est le craquement sec des branches,

La surface de l’eau blanche d’écume,
Au sortir du barrage.
 
C’est l’odeur du bois qui brûle
Promesse de feu de cheminée,
C’est rentrer, lasse et apaisée.

Alors, tu vois, des fois,

La vie, c’est joli,
Aussi !

mercredi 18 novembre 2020

Histoire du monde – Pérégrinations incertaines – Volume 12 – Un matin de novembre

Réveil un peu trop matinal. Relever le store et se recoucher ! Le brouillard cotonneux incite à faire le chat sous la couette, plongée dans un bon roman. Lire un peu. Puis, pour le plaisir du jeu, poser le livre, éteindre et jouer à se rendormir juste quelques minutes.

Allons, il est temps, il faut se lever.

Dehors, la pénombre se dissout peu à peu. Le masque, l’attestation, cocher la bonne case. La date, l’heure….. S’envelopper de son grand manteau, grosse écharpe autour du cou.

Sortir et s’enivrer de l’air très frais comme si cette respiration devait être la dernière !

Poser la voiture sur les promenades, marcher dans les feuilles tombées juste pour le plaisir d’entendre leur crissement froissé.

Ici, des passants qui vont au travail, là, on sonne à cette porte du cabinet médical. Un peu plus loin encore, des ouvriers creusent, le chant du marteau piqueur est bien peu musical ! Les grilles ouvertes du square donnent des envies d’échappées.

Tourner à gauche et remonter la rue. Lever des yeux surpris :  le brouillard s’est éclipsé sans crier gare, le ciel intense étincelle de cette lumière toute neuve du petit matin. Les bleus, les fauves et les bruns, les ocres des murs de maisons s’harmonisent en une palette gaie et pimpante, l’air piquant, toujours vif et frais.

La vie est là, qui va, vient et palpite.

mercredi 11 novembre 2020

m -

 

Ce jour-là était un jour spécial, forcément. Bien qu'il n’y ait pas école, il fallait se lever assez tôt tout de même, il y avait à faire !

Il régnait dans l’air une sorte d’excitation particulière, il allait se passer quelque chose. Il fallait être prêt de pied en cap, aucun retard n’était envisageable. On remontait alors la rue d’un pas dynamique mais au lieu de tourner à droite en direction de l’école, on continuait plus haut, on se retrouvait alors face à l’église. Il y avait là les maitres et les maitresses, monsieur le maire, ceint de son écharpe officielle, tambour en bandoulière. Nous retrouvions nos copains et copines d’école, eux aussi quelque peu empruntés et gauches. Les mêmes, mais différents ! Chacun et chacune brillait comme un sou neuf dans ses habits du dimanche.  

Nous n’avions ni l’envie, ni la possibilité sans doute, de nous comporter de manière saugrenue. Il fallait se montrer digne, à la hauteur ! Les seules conversations se déroulaient à voix feutrée.

Le cortège se constituait et se mettait en branle, pour descendre à pas lents, comme il convenait, la petite route que nous n’avions alors jamais l’occasion d’emprunter à titre personnel. En approchant des hauts murs du cimetière, les quelques conversations se taisaient tout à fait.

On franchissait la grille, les pas crissaient alors sur les graviers. L’assemblée se disposait tout naturellement autour du monument, sous l’ombre plus ou moins menaçante à nos yeux des grands cyprès. Il n’y faisait souvent pas bien chaud et nos souffles formaient de petits nuages en s’élevant dans l’air frais.

Je n’ai gardé aucun souvenir des discours, mais je reste imprégnée de la solennité du moment. Le maire battait du tambour. A la lecture de tous ces noms, certains versaient une larme, j’étais triste pour eux, sans savoir vraiment pourquoi. Nous chantions aussi tant bien que mal, la Marseillaise. Le « sang impur et les féroces soldats » me glace toujours autant !

Nous avions assurément été dument instruits de ce qui se passait là et de ce dont il était question. Ce n’est pourtant que bien plus tard que j’ai compris que ce qui pour nous n’était alors que de l’Histoire, achevée et quelque peu lointaine, avait marqué de manière profonde et durable les histoires familiales des habitants du village.

Nous rentrions ensuite à la maison, grandis et auréolés d’un sentiment diffus. Nous étions allés au monument !