samedi 4 juillet 2020

Ecoute....

Des gouttes, des gouttes légères.

Viens, viens plus près, à l’abri. Installe-toi, bien confortablement, appuie-toi sur mon tronc solide.

Ecoute.

Ecoute la vie alentour,
Ploc, un caillou que l’on jette,
La cane qui survole l’eau et cancane.

Respire.

Inspire le parfum douçâtre de mes fruits légers.
Imprègne-toi du vent, de ce silence habité.

Ferme les yeux, et laisse-moi te dire...

Te dire l’histoire de ce petit bout d’homme.

Il venait une fois par semaine, trotter le long de ces allées, prendre l’air, lui aussi, s’oxygéner. Au tout début, la distance lui semblait infinie, le parc, un univers tout entier.

Un jour, un peu plus tard, il est arrivé avec dans les mains, un étrange objet. Heureux, il chantonnait et sifflotait, tenant son trésor bien serré contre lui.  Sous l’œil attentif des grands, il s’est approché du bord, tranquillement, doucement. Puis, avec délicatesse, il a déposé son joujou sur l’onde claire et chatoyante.

Il battait des mains, heureux, émerveillé !  L’objet flottait et semblait danser. Le petit homme riait, applaudissait.

Cependant, imperceptiblement, l’eau semblait monter, on ne voyait plus que le dessus, l’objet diminuait, descendait, descendait encore….

Le petit homme cessa sa danse, interdit. Son regard incrédule observait le phénomène. Le sourire se décrocha, les yeux devinrent liquides. Son regard scrutait en vain les eaux soudain plus sombres. Le cadeau avait disparu.
Il fut difficile de l’arracher au bord, il ne pouvait se résoudre à rentrer.

Témoin muet de cette tragédie majuscule, je ne pouvais qu’observer.

Cependant, comme le vent se levait, je laissais mes feuilles s’agiter en une tendre mélopée, discrète d’abord, plus affirmée ensuite.

Dans le creux de l’oreille de ce petit bout d’homme éploré, voici la douce chanson qu’elles déposèrent :

- « Ne sois pas triste, petit homme, ne sois pas triste. Les sous-marins sont de grands explorateurs qui courent le monde pour en rapporter des récits merveilleux, des parfums enchanteurs. Le tien reviendra peut-être un jour t’enrichir de tout ce qu’il aura vu et entendu. »

Voici donc la chanson de mes feuilles. Au promeneur attentif, elles chuchoteront toujours des paroles consolantes et douces.

Ce qu’est devenu le petit homme ? Il se raconte qu’il navigue de par le monde ! Il ne manque cependant jamais de venir s’asseoir, s’appuyer contre mon tronc solide. Il ferme alors les yeux et écoute la douce mélopée de mes feuilles fertiles.

Soir....

Au creux du saule

Qui berce et cajole
Valse lente de ses longues mèches folles,

Vert brillant, ocre clair

Emouvant nid ondoyant
En surplomb de la roselière

Le regard dérive et se perd,
Aux lueurs du soleil tombant,
La vie s’apaise,
Les pensées s’envolent.


mercredi 27 mai 2020

Une chronique de Marie Séraphine – J’aime….

Je n’aime pas les cravates

J’aime les devoirs bien faits
Je suis faite comme ça,
J’aime avoir fait ce que je dois.

J'aime le glissement tranquille de mes roues sur le chemin asphalté

J'aime les bijoux d’argents aléatoires à la surface de la rivière,
J’aime ce vent frais qui m’enivre,
J’aime les arbres, immenses et changeants.

J'aime le discret, le petit, le menu, l'imperceptible,

J’aime le furtif, l’étonnant et l’inédit
J'aime cette fleur de nénuphar qui émerge à peine,
J’aime ce parfum fugitif et reminiscent.

J'aime l’arrivée du matin calme

J’aime l’allégresse sereine des préparatifs
J'aime l'instant d'avant,
J'aime l'ici, le maintenant.

Est-ce ma faute à moi si je préfère les cabossés, les incertains,

Si aux discours assurés, aux promesses endimanchées,
Je préfère le chant guilleret de ce passereau,
La chaleur d’une épaule pour m’y appuyer.

Je suis comme je suis,

C’est ainsi que j’aime la vie
Je suis comme je suis,
Et n’y veux rien changer.