dimanche 8 mars 2020

Histoire du monde - Pérégrinations incertaines - Volume 10 - Visite...

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La guirlande de campanules sur le mur de pierres en guise de bouton de sonnette invite à la curiosité.
La haute grille de fer forgée pivote avec douceur.
Au sol, les pavés arrondis par l'usure laissent obligeamment pousser d'insolents bouquets d'herbe grasse.
L'allée mène à un foisonnement de mauves, de violets, de lilas, souligné ça et là par les taches de couleurs des roses trémières triomphantes qui oscillent légèrement.
La margelle du puits étincelle au soleil.
Sur les massifs de lavande odorante, les abeilles sont au festin.
Allongé de tout son long pour profiter au mieux de la terre chaude du petit parterre, le chat rêve.
Les trois marches du perron sont lisses des pas des nombreux visiteurs.
Les deux plates-bandes de soucis et d'escholtzias soulignent d'un trait jaune orangé les bords des fenêtres ouvertes dont s'échappe un parfum de bois ciré.
Au premier étage de la grande maison, un voile de lin violine ondule.
Quelques notes de piano cristallines, des rires légers et les voix des enfants.
Les effluves de cardamome du pain d'épice encore tiède signalent l'heure du goûter.

jeudi 5 mars 2020

Les amandiers d'Anatolie

Sous la nuit étoilée, le vieux berger des hauts plateaux d'Anatolie souriait. Les premiers chevreaux de l'année venaient de naître et leurs bêlements encore frêles l'embarquaient dans une paisible songerie. 
Son visage parcheminé tanné par le vent et la pluie, s'illuminait au souvenir des saisons à parcourir la steppe. Les vagues immenses des hautes herbes courbées par le vent, l'air soudain moins froid du petit matin, annonciateur du printemps.
Dans la vallée, les champs d'amandiers se couvriraient bientôt de fleurs, autant de douceurs à venir. 
Vieux, le vieux Souleymane l'avait d'une certaine manière toujours été.
A la fureur de la vie trépidante des villes, il avait toujours préféré la paix et le silence des lieux écartés. Son bonheur n'était pas d'amasser davantage, mais de vivre avec ce qu'il avait et d'en rester le premier émerveillé. 
Il regardait tranquillement s'agiter le monde et se sentait riche de cette paix intérieure. Il ne possédait rien d'autre que sa vie et cela le rendait infiniment heureux. 



dimanche 16 février 2020

Histoire du monde - Pérégrinations incertaines - Volume 9 - Un voyage....

https://youtu.be/WH2yTIL1LCA



Attendre

.....

Ne pas pousser tout de suite la lourde porte cochère en bois de noyer. 
Prendre le temps de tendre l'oreille pour percevoir les sons qui parviennent à passer le seuil encore fermé.

Avancer et entrer dans une bouffée de fraicheur qui contraste avec l’épaisse touffeur de la rue pavée.

Laisser les yeux s'habituer à la pénombre avant de tourner le regard vers la fontaine minuscule, étincelante en plein soleil. 
Il s'en échappe juste un murmure tenu et persistant. Des gouttelettes s'envolent parfois dans la très légère brise de cette fin d'après-midi. 

Les massifs de rosiers rouges en contrepoint. 
Les graviers des allées crissent sous le pas tranquille des quelques visiteurs attentifs et discrets. 

Au pied des épais murs de pierre du fond, les ombres s'étirent déjà en un écran protecteur. Les quelques bancs de fer forgé invitent à une pause méditative. 

Le chant du rossignol philomèle et de la grive musicienne, dissimulés dans les fleurs parme foncé des bougainvilliers composent un adagio sur fond du bruissement irrégulier des branches du vieux micocoulier. 

Le chèvrefeuille et le jasmin s'accordent en un nectar odorant.

Se laisser pénétrer de toutes les fibres de son corps, s'oublier et se dissoudre dans cette mosaïque de couleurs et de sensations.

... et doucement, ressortir, retrouver le cours de sa vie, neuf, renouvelé, en se faisant la promesse de revenir, ... toujours ...